Tandis qu'à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars, qui rit malgré les averses
Prépare en secret le printemps.
.
Pour les petites pâquerettes
Sournoisement, lorsque tout dort,
Il repasse les collerettes
Et cisèle des boutons d'or.
Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne
Poudrer à frimas l'amandier.
Tout en composant des solfèges,
Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux près les perce-neige
Et les violettes aux bois.
Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Il te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.
Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d'Avril tournant la tête,
Il dit " Printemps, tu peux venir ! "
(Emaux et camées)
dimanche 18 janvier 2009
L’été - Jean-Claude Brinette
Un sphinx m'a dit bonjour de ses ailes de velours.
La libellule s'envole sur les berges de roseaux,
Tandis que l'alouette égrène son chant d'amour
Réveillant dame chouette qui bougonne en sursaut.
Maman chevreuil présente son fils tout tacheté
A la forêt, tandis que le roux martin-pêcheur
Donne une leçon d'envol à sa dernière couvée,
Perchée au bord du nid, elle tremble de tout son coeur !
Dans la plaine irradiée, le soleil monte au zénith,
Obligeant les animaux à chercher de l'ombre
Dédaignant la mare où les grenouilles vous invitent,
A venir les rejoindre dans les belles eaux profondes...
Une chaleur étouffante règne au milieu des terres
Quand une brise soudaine prosterne tous les blés,
Un éclair précède le grondement du tonnerre.
Un orage se prépare, il faut tout rassembler.
Soleil qui nourrit et fait grandir toutes choses,
Complice de nos vacances, tu remplis notre vie,
D'instants merveilleux qui changent la vie en rose,
Au lieu du quotidien qui trop vite resurgit.
Les plages sont désertes, c'est la fin de l'été,
Vacanciers et flâneurs sont retournés en ville :
L'âme débordant d'espaces, d'air pur, de liberté...
Premier amour, premiers baisers tendres et subtils ...
La libellule s'envole sur les berges de roseaux,
Tandis que l'alouette égrène son chant d'amour
Réveillant dame chouette qui bougonne en sursaut.
Maman chevreuil présente son fils tout tacheté
A la forêt, tandis que le roux martin-pêcheur
Donne une leçon d'envol à sa dernière couvée,
Perchée au bord du nid, elle tremble de tout son coeur !
Dans la plaine irradiée, le soleil monte au zénith,
Obligeant les animaux à chercher de l'ombre
Dédaignant la mare où les grenouilles vous invitent,
A venir les rejoindre dans les belles eaux profondes...
Une chaleur étouffante règne au milieu des terres
Quand une brise soudaine prosterne tous les blés,
Un éclair précède le grondement du tonnerre.
Un orage se prépare, il faut tout rassembler.
Soleil qui nourrit et fait grandir toutes choses,
Complice de nos vacances, tu remplis notre vie,
D'instants merveilleux qui changent la vie en rose,
Au lieu du quotidien qui trop vite resurgit.
Les plages sont désertes, c'est la fin de l'été,
Vacanciers et flâneurs sont retournés en ville :
L'âme débordant d'espaces, d'air pur, de liberté...
Premier amour, premiers baisers tendres et subtils ...
Les trois saisons Victor Hugo
Dieu est toujours là
I
Quand l'été vient, le pauvre adore!
L'été, c'est la saison de feu,
C'est l'air tiède et la fraîche aurore;
L'été, c'est le regard de Dieu.
L'été, la nuit bleue et profonde
S'accouple au jour limpide et claire;
Le soir est d'or, la plaine est blonde;
On entend des chansons dans l'air.
L'été, la nature éveillée
Partout se répand en tous sens,
Sur l'arbre en épaisse feuillée,
Sur l'homme en bienfaits caressants.
Tout ombrage alors semble dire:
Voyageur, viens te reposer!
Elle met dans l'aube un sourire,
Elle met dans l'onde un baiser.
Elle cache et recouvre d'ombre,
Loin du monde sourd et moqueur,
Une lyre dans le bois sombre,
Une oreille dans notre coeur!
Elle donne vie et pensée
Aux pauvres de l'hiver sauvés,
Du soleil à pleine croisée,
Et le ciel pur qui dit: Vivez!
Sur les chaumières dédaignées
Par les maîtres et les valets,
Joyeuse, elle jette à poignées
Les fleurs qu'elle vend aux palais.
Son luxe aux pauvres seuils s'étale.
Ni les parfums ni les rayons
N'ont peur, dans leur candeur royale,
De se salir à des haillons.
Sur un toit où l'herbe frissonne
Le jasmin veut bien se poser.
Le lys ne méprise personne,
Lui qui pourrait tout mépriser!
Alors la masure où la mousse
Sur l'humble chaume a débordé
Montre avec une fierté douce
Son vieux mur de roses brodé.
L'aube alors de clartés baignée,
Entrant dans le réduit profond,
Dore la toile d'araignée
Entre les poutres du plafond.
Alors l'âme du pauvre est pleine.
Humble, il bénit ce Dieu lointain
Dont il sent la céleste haleine
Dans tous les souffles du matin!
L'air le réchauffe et le pénètre.
Il fête le printemps vainqueur.
Un oiseau chante à sa fenêtre,
La gaîté chante dans son coeur!
Alors, si l'orphelin s'éveille,
Sans toit, sans mère et priant Dieu,
Une voix lui dit à l'oreille:
"Eh bien! viens sous mon dôme bleu!
Le Louvre est égal aux chaumières
Sous ma coupole de saphirs.
Viens sous mon ciel plein de lumières,
Viens sous mon ciel plein de zéphirs!
J'ai connu ton père et ta mère
Dans leurs bons et leurs mauvais jours.
Pour eux la vie était amère,
Mais moi je fut douce toujours.
C'est moi qui sur leur sépulture
Ai mis l'herbe qui la défend.
Viens, je suis la grande nature!
Je suis l'aïeule, et toi l'enfant.
Viens, j'ai des fruits d'or, j'ai des roses,
J'en remplirai tes petits bras,
Je te dirai de douces choses,
Et peut-être tu souriras!
Car je voudrais te voir sourire,
Pauvre enfant si triste et si beau!
Et puis tout bas j'irais le dire
A ta mère dans son tombeau!"
Et l'enfant à cette voix tendre,
De la vie oubliant le poids,
Rêve et se hâte de descendre
Le long des coteaux dans les bois.
Là du plaisir tout a la forme;
L'arbre a des fruits, l'herbe a des fleurs;
Il entend dans le chêne énorme
Rire les oiseaux querelleurs.
Dans l'onde, il mire son visage;
Tout lui parle; adieu son ennui!
Le buisson l'arrête au passage,
Et le caillou joue avec lui.
Le soir, point d'hôtesse cruelle
Qui l'accueille d'un front hagard.
Il trouve l'étoile si belle
Qu'il s'endort à son doux regard!
- Oh! qu'en dormant rien ne t'oppresse!
Dieu sera là pour ton réveil!-
La lune vient qui le caresse
Plus doucement que le soleil.
Car elle a de plus molles trêves
Pour nos travaux et nos douleurs.
Elle fait éclore nos rêves,
Lui ne fait naître que les fleurs!
Oh! quand la fauvette dérobe
Son nid sous les rameaux penchants,
Lorsqu'au soleil séchant sa robe
Mai tout mouillé rit dans les champs
J'ai souvent pensé dans mes veilles
Que la nature au front sacré
Dédiait tout bas ses merveilles
A ceux qui l'hiver ont pleuré!
Pour tous et pour le méchant même
Elle est bonne, Dieu le permet,
Dieu le veut, mais surtout elle aime
Le pauvre que Jésus aimait!
Toujours sereine et pacifique,
Elle offre à l'auguste indigent
Des dons de reine magnifique,
Des soins d'esclave intelligent!
A-t-il faim? au fruit de la branche
Elle dit: - Tombe, ô fruit vermeil!
A-t-il soif? - Que l'onde s'épanche!
A-t-il froid? - Lève-toi, soleil!
II
Mais hélas! juillet fait sa gerbe;
L'été, lentement effacé,
Tombe feuille à feuille dans l'herbe
Et jour à jour dans le passé.
Puis octobre perd sa dorure;
Et les bois dans les lointains bleus
Couvrent de leur rousse fourrure
L'épaule des coteaux frileux.
L'hiver des nuages sans nombre
Sort, et chasse l'été du ciel,
Pareil au temps, ce faucheur sombre
Qui suit le semeur éternel!
Le pauvre alors s'effraie te prie.
L'hiver, hélas! c'est Dieu qui dort;
C'est la faim livide et maigrie
Qui tremble auprès du foyer mort!
Il croit voir une main de marbre
Qui, mutilant le jour obscur,
Retire tous les fruits de l'arbre
Et tout les rayons d'azur.
Il pleure, la nature est morte!
O rude hiver! ô dure loi!
Soudain un ange ouvre sa porte
Et dit en souriant: C'est moi!
Cet ange qui donne et tremble,
C'est l'aumône aux yeux de douceur,
Au front crédule, et qui ressemble
A la foi dont elle est la soeur!
Je suis la Charité, l'amie
Qui se réveille avant le jour,
Quand la nature est rendormie,
Et que dieu m'a dit: A ton tour!
"Je viens visiter ta chaumière
Veuve de l'été si charmant!
Je suis fille de la prière.
J'ai des mains qu'on ouvre aisément.
"J'accours, car la saison est dure,
J’accours, car l'indigent a froid
J'accours, car la tiède verdure
Ne fait plus d'ombre sur le toit!
"je prie, et jamais je n'ordonne.
Chère à tout homme quel qu'il soit,
Je laisse la joie à qui donne
Et je l'apporte à qui reçoit."
O figure auguste et modeste,
Où le Seigneur mêla pour nous
Ce que l'ange a de plus céleste,
Ce que la femme a de plus doux!
Au lit du vieillard solitaire
Elle penche un front gracieux,
et rien n'est plus beau sur la terre
Et rien n'est plus grand sous les cieux,
Lorsque, réchauffant leurs poitrines
Entre ses genoux triomphants,
Elle tient dans ses mains divines
Les pieds nus des petits enfants!
Elle va dans chaque masure,
Laissant au pauvre réjoui
Le vin, le pain frais, l'huile pure,
Et le courage épanoui!
Et le feu! le beau feu folâtre,
A la pourpre ardente pareil,
Qui fait qu'amené devant l'âtre
L'aveugle croit rire au soleil!
Puis elle cherche au coin des bornes,
Transis par la froide vapeur,
Ces enfants qu'on voit nus et mornes
Et se mourant avec stupeur.
Oh! voilà surtout ceux qu'elle aime!
Faibles fronts dans l'ombre engloutis!
Parés d'un triple diadème,
Innocents, pauvres et petits!
Ils sont meilleurs que nous ne sommes!
Elle leur donne en même temps,
Avec le pain qu'il faut aux hommes,
Le baiser qu'il faut aux enfants!
Tandis que leur faim secourue
Mange ce pain de pleurs noyé,
Elle étend sur eux dans la rue
Son bras de passants coudoyé.
Et si, le front dans la lumière,
Un riche passe en ce moment,
Par le bord de sa robe altière
Elle le tire doucement!
Puis pour eux elle prie encore
La grande foule au coeur étroit,
La foule qui, dès qu'on l'implore,
S'en va comme l'eau qui décroît!
"- Oh! malheureux celui qui chante
Un chant joyeux, peut-être impur,
Pendant que la bise méchante
Mord un pauvre enfant sous son mur!
Oh! la chose triste et fatale,
Lorsque chez le riche hautain
Un grand feu tremble dans la salle,
Reflété par un grand festin,
De voir, quand l'orgie enrouée
Dans la pourpre s'égaie et rit,
A peine une toile trouée
Sur les membres de Jésus-Christ!
Oh! donnez-moi pour que je donne!
J'ai des oiseaux nus dans mon nid.
Donnez, méchants, Dieu vous pardonne!
Donnez, ô bons, Dieu vous bénit!
Heureux ceux que mon zèle enflamme!
Qui donne au pauvres prête à Dieu.
Le bien qu'on fait parfume l'âme;
On s'en souvient toujours un peu!
Le soir, au seuil de sa demeure,
Heureux celui qui sait encor
Ramasser un enfant qui pleure,
Comme un avare un sequin d'or!
Le vrai trésor rempli de charmes,
C'est un groupe pour vous priant
D'enfants qu'on a trouvés en larmes
Et qu'on a laissés souriant!
Les biens que je donne à qui m'aime,
Jamais Dieu ne les retira.
L'or que sur le pauvre je sème
Pour le riche au ciel germera!"
III
Oh! que l'été brille ou s'éteigne,
Pauvres, ne désespérez pas!
Le Dieu qui souffrit et qui règne
A mis ses pieds où sont vos pas!
Pour vous couvrir il se dépouille;
Bon même pour l'homme fatal
Qui, comme l'airain dans la rouille,
Va s'endurcissant dans le mal!
Tendre, même durant l'absinthe,
Pour l'impie au regard obscur
Qui l'insulte sans plus de crainte
Qu'un passant qui raie un vieux mur!
Ils ont beau traîner sur les claies
Ce Dieu mort dans leur abandon;
Ils ne font couler de ses plaies
Qu'un intarissable pardon.
Il n'est pas l'aigle altier qui vole,
Ni le grand lion ravisseur;
Il compose son auréole
D'une lumineuse douceur!
Quand sur nous une chaîne tombe,
Il la brise anneau par anneau.
Pour l'esprit il se fait colombe,
Pour le coeur il se fait agneau!
Vous pour qui la vie est mauvaise,
Espérez! il veille sur vous!
Il sait bien ce que cela pèse,
Lui qui tomba sur ses genoux!
Il est le Dieu de l'évangile;
Il tient votre coeur dans sa main,
Et c'est une chose fragile
Qu'il ne veut pas briser, enfin!
Lorsqu'il est temps que l'été meure
Sous l'hiver sombre et solennel,
Même à travers le ciel qui pleure
On voit son sourire éternel!
Car sur les familles souffrantes,
L'hiver, l'été, la nuit, le jour,
Avec des urnes différentes
Dieu verse à grands flots son amour!
Et dans ses bontés éternelles
Il penche sur l'humanité
Ces mères aux triples mamelles,
La nature et la charité.
I
Quand l'été vient, le pauvre adore!
L'été, c'est la saison de feu,
C'est l'air tiède et la fraîche aurore;
L'été, c'est le regard de Dieu.
L'été, la nuit bleue et profonde
S'accouple au jour limpide et claire;
Le soir est d'or, la plaine est blonde;
On entend des chansons dans l'air.
L'été, la nature éveillée
Partout se répand en tous sens,
Sur l'arbre en épaisse feuillée,
Sur l'homme en bienfaits caressants.
Tout ombrage alors semble dire:
Voyageur, viens te reposer!
Elle met dans l'aube un sourire,
Elle met dans l'onde un baiser.
Elle cache et recouvre d'ombre,
Loin du monde sourd et moqueur,
Une lyre dans le bois sombre,
Une oreille dans notre coeur!
Elle donne vie et pensée
Aux pauvres de l'hiver sauvés,
Du soleil à pleine croisée,
Et le ciel pur qui dit: Vivez!
Sur les chaumières dédaignées
Par les maîtres et les valets,
Joyeuse, elle jette à poignées
Les fleurs qu'elle vend aux palais.
Son luxe aux pauvres seuils s'étale.
Ni les parfums ni les rayons
N'ont peur, dans leur candeur royale,
De se salir à des haillons.
Sur un toit où l'herbe frissonne
Le jasmin veut bien se poser.
Le lys ne méprise personne,
Lui qui pourrait tout mépriser!
Alors la masure où la mousse
Sur l'humble chaume a débordé
Montre avec une fierté douce
Son vieux mur de roses brodé.
L'aube alors de clartés baignée,
Entrant dans le réduit profond,
Dore la toile d'araignée
Entre les poutres du plafond.
Alors l'âme du pauvre est pleine.
Humble, il bénit ce Dieu lointain
Dont il sent la céleste haleine
Dans tous les souffles du matin!
L'air le réchauffe et le pénètre.
Il fête le printemps vainqueur.
Un oiseau chante à sa fenêtre,
La gaîté chante dans son coeur!
Alors, si l'orphelin s'éveille,
Sans toit, sans mère et priant Dieu,
Une voix lui dit à l'oreille:
"Eh bien! viens sous mon dôme bleu!
Le Louvre est égal aux chaumières
Sous ma coupole de saphirs.
Viens sous mon ciel plein de lumières,
Viens sous mon ciel plein de zéphirs!
J'ai connu ton père et ta mère
Dans leurs bons et leurs mauvais jours.
Pour eux la vie était amère,
Mais moi je fut douce toujours.
C'est moi qui sur leur sépulture
Ai mis l'herbe qui la défend.
Viens, je suis la grande nature!
Je suis l'aïeule, et toi l'enfant.
Viens, j'ai des fruits d'or, j'ai des roses,
J'en remplirai tes petits bras,
Je te dirai de douces choses,
Et peut-être tu souriras!
Car je voudrais te voir sourire,
Pauvre enfant si triste et si beau!
Et puis tout bas j'irais le dire
A ta mère dans son tombeau!"
Et l'enfant à cette voix tendre,
De la vie oubliant le poids,
Rêve et se hâte de descendre
Le long des coteaux dans les bois.
Là du plaisir tout a la forme;
L'arbre a des fruits, l'herbe a des fleurs;
Il entend dans le chêne énorme
Rire les oiseaux querelleurs.
Dans l'onde, il mire son visage;
Tout lui parle; adieu son ennui!
Le buisson l'arrête au passage,
Et le caillou joue avec lui.
Le soir, point d'hôtesse cruelle
Qui l'accueille d'un front hagard.
Il trouve l'étoile si belle
Qu'il s'endort à son doux regard!
- Oh! qu'en dormant rien ne t'oppresse!
Dieu sera là pour ton réveil!-
La lune vient qui le caresse
Plus doucement que le soleil.
Car elle a de plus molles trêves
Pour nos travaux et nos douleurs.
Elle fait éclore nos rêves,
Lui ne fait naître que les fleurs!
Oh! quand la fauvette dérobe
Son nid sous les rameaux penchants,
Lorsqu'au soleil séchant sa robe
Mai tout mouillé rit dans les champs
J'ai souvent pensé dans mes veilles
Que la nature au front sacré
Dédiait tout bas ses merveilles
A ceux qui l'hiver ont pleuré!
Pour tous et pour le méchant même
Elle est bonne, Dieu le permet,
Dieu le veut, mais surtout elle aime
Le pauvre que Jésus aimait!
Toujours sereine et pacifique,
Elle offre à l'auguste indigent
Des dons de reine magnifique,
Des soins d'esclave intelligent!
A-t-il faim? au fruit de la branche
Elle dit: - Tombe, ô fruit vermeil!
A-t-il soif? - Que l'onde s'épanche!
A-t-il froid? - Lève-toi, soleil!
II
Mais hélas! juillet fait sa gerbe;
L'été, lentement effacé,
Tombe feuille à feuille dans l'herbe
Et jour à jour dans le passé.
Puis octobre perd sa dorure;
Et les bois dans les lointains bleus
Couvrent de leur rousse fourrure
L'épaule des coteaux frileux.
L'hiver des nuages sans nombre
Sort, et chasse l'été du ciel,
Pareil au temps, ce faucheur sombre
Qui suit le semeur éternel!
Le pauvre alors s'effraie te prie.
L'hiver, hélas! c'est Dieu qui dort;
C'est la faim livide et maigrie
Qui tremble auprès du foyer mort!
Il croit voir une main de marbre
Qui, mutilant le jour obscur,
Retire tous les fruits de l'arbre
Et tout les rayons d'azur.
Il pleure, la nature est morte!
O rude hiver! ô dure loi!
Soudain un ange ouvre sa porte
Et dit en souriant: C'est moi!
Cet ange qui donne et tremble,
C'est l'aumône aux yeux de douceur,
Au front crédule, et qui ressemble
A la foi dont elle est la soeur!
Je suis la Charité, l'amie
Qui se réveille avant le jour,
Quand la nature est rendormie,
Et que dieu m'a dit: A ton tour!
"Je viens visiter ta chaumière
Veuve de l'été si charmant!
Je suis fille de la prière.
J'ai des mains qu'on ouvre aisément.
"J'accours, car la saison est dure,
J’accours, car l'indigent a froid
J'accours, car la tiède verdure
Ne fait plus d'ombre sur le toit!
"je prie, et jamais je n'ordonne.
Chère à tout homme quel qu'il soit,
Je laisse la joie à qui donne
Et je l'apporte à qui reçoit."
O figure auguste et modeste,
Où le Seigneur mêla pour nous
Ce que l'ange a de plus céleste,
Ce que la femme a de plus doux!
Au lit du vieillard solitaire
Elle penche un front gracieux,
et rien n'est plus beau sur la terre
Et rien n'est plus grand sous les cieux,
Lorsque, réchauffant leurs poitrines
Entre ses genoux triomphants,
Elle tient dans ses mains divines
Les pieds nus des petits enfants!
Elle va dans chaque masure,
Laissant au pauvre réjoui
Le vin, le pain frais, l'huile pure,
Et le courage épanoui!
Et le feu! le beau feu folâtre,
A la pourpre ardente pareil,
Qui fait qu'amené devant l'âtre
L'aveugle croit rire au soleil!
Puis elle cherche au coin des bornes,
Transis par la froide vapeur,
Ces enfants qu'on voit nus et mornes
Et se mourant avec stupeur.
Oh! voilà surtout ceux qu'elle aime!
Faibles fronts dans l'ombre engloutis!
Parés d'un triple diadème,
Innocents, pauvres et petits!
Ils sont meilleurs que nous ne sommes!
Elle leur donne en même temps,
Avec le pain qu'il faut aux hommes,
Le baiser qu'il faut aux enfants!
Tandis que leur faim secourue
Mange ce pain de pleurs noyé,
Elle étend sur eux dans la rue
Son bras de passants coudoyé.
Et si, le front dans la lumière,
Un riche passe en ce moment,
Par le bord de sa robe altière
Elle le tire doucement!
Puis pour eux elle prie encore
La grande foule au coeur étroit,
La foule qui, dès qu'on l'implore,
S'en va comme l'eau qui décroît!
"- Oh! malheureux celui qui chante
Un chant joyeux, peut-être impur,
Pendant que la bise méchante
Mord un pauvre enfant sous son mur!
Oh! la chose triste et fatale,
Lorsque chez le riche hautain
Un grand feu tremble dans la salle,
Reflété par un grand festin,
De voir, quand l'orgie enrouée
Dans la pourpre s'égaie et rit,
A peine une toile trouée
Sur les membres de Jésus-Christ!
Oh! donnez-moi pour que je donne!
J'ai des oiseaux nus dans mon nid.
Donnez, méchants, Dieu vous pardonne!
Donnez, ô bons, Dieu vous bénit!
Heureux ceux que mon zèle enflamme!
Qui donne au pauvres prête à Dieu.
Le bien qu'on fait parfume l'âme;
On s'en souvient toujours un peu!
Le soir, au seuil de sa demeure,
Heureux celui qui sait encor
Ramasser un enfant qui pleure,
Comme un avare un sequin d'or!
Le vrai trésor rempli de charmes,
C'est un groupe pour vous priant
D'enfants qu'on a trouvés en larmes
Et qu'on a laissés souriant!
Les biens que je donne à qui m'aime,
Jamais Dieu ne les retira.
L'or que sur le pauvre je sème
Pour le riche au ciel germera!"
III
Oh! que l'été brille ou s'éteigne,
Pauvres, ne désespérez pas!
Le Dieu qui souffrit et qui règne
A mis ses pieds où sont vos pas!
Pour vous couvrir il se dépouille;
Bon même pour l'homme fatal
Qui, comme l'airain dans la rouille,
Va s'endurcissant dans le mal!
Tendre, même durant l'absinthe,
Pour l'impie au regard obscur
Qui l'insulte sans plus de crainte
Qu'un passant qui raie un vieux mur!
Ils ont beau traîner sur les claies
Ce Dieu mort dans leur abandon;
Ils ne font couler de ses plaies
Qu'un intarissable pardon.
Il n'est pas l'aigle altier qui vole,
Ni le grand lion ravisseur;
Il compose son auréole
D'une lumineuse douceur!
Quand sur nous une chaîne tombe,
Il la brise anneau par anneau.
Pour l'esprit il se fait colombe,
Pour le coeur il se fait agneau!
Vous pour qui la vie est mauvaise,
Espérez! il veille sur vous!
Il sait bien ce que cela pèse,
Lui qui tomba sur ses genoux!
Il est le Dieu de l'évangile;
Il tient votre coeur dans sa main,
Et c'est une chose fragile
Qu'il ne veut pas briser, enfin!
Lorsqu'il est temps que l'été meure
Sous l'hiver sombre et solennel,
Même à travers le ciel qui pleure
On voit son sourire éternel!
Car sur les familles souffrantes,
L'hiver, l'été, la nuit, le jour,
Avec des urnes différentes
Dieu verse à grands flots son amour!
Et dans ses bontés éternelles
Il penche sur l'humanité
Ces mères aux triples mamelles,
La nature et la charité.
Printemps -Victor Hugo-
Tout rayonne, tout luit, tout aime, tout est doux;
Les oiseaux semblent d'air et de lumière fous;
L'âme dans l'infini croit voir un grand sourire.
À quoi bon exiler, rois ? à quoi bon proscrire ?
Proscrivez-vous l'été ? m'exilez-vous des fleurs ?
Pouvez-vous empêcher les souffles, les chaleurs,
Les clartés, d'être là, sans joug, sans fin, sans nombre,
Et de me faire fête, à moi banni, dans l'ombre ?
Pouvez-vous m'amoindrir les grands flots haletants,
L'océan, la joyeuse écume, le printemps
Jetant les parfums comme un prodigue en démence,
Et m'ôter un rayon de ce soleil immense ?
Non. Et je vous pardonne. Allez, trônez, vivez,
Et tâchez d'être rois longtemps, si vous pouvez.
Moi, pendant ce temps-là, je maraude, et je cueille,
Comme vous un empire, un brin de chèvrefeuille,
Et je l'emporte, ayant pour conquête une fleur.
Quand, au-dessus de moi, dans l'arbre, un querelleur,
Un mâle, cherche noise à sa douce femelle,
Ce n'est pas mon affaire et pourtant je m'en mêle,
Je dis: Paix là, messieurs les oiseaux, dans les bois !
Je les réconcilie avec ma grosse voix;
Un peu de peur qu'on fait aux amants les rapproche.
Je n'ai point de ruisseau, de torrent, ni de roche;
Mon gazon est étroit, et, tout près de la mer,
Mon bassin n'est pas grand, mais il n'est pas amer.
Ce coin de terre est humble et me plaît; car l'espace
Est sur ma tête, et l'astre y brille, et l'aigle y passe,
Et le vaste Borée y plane éperdument.
Ce parterre modeste et ce haut firmament
Sont à moi; ces bouquets, ces feuillages, cette herbe
M'aiment, et je sens croître en moi l'oubli superbe.
Je voudrais bien savoir comment je m'y prendrais
Pour me souvenir, moi l'hôte de ces forêts
Qu'il est quelqu'un, là-bas, au loin, sur cette terre,
Qui s'amuse à proscrire, et règne, et fait la guerre,
Puisque je suis là seul devant l'immensité,
Et puisqu'ayant sur moi le profond ciel d'été
Où le vent souffle avec la douceur d'une lyre,
J'entends dans le jardin les petits enfants rire.
Les oiseaux semblent d'air et de lumière fous;
L'âme dans l'infini croit voir un grand sourire.
À quoi bon exiler, rois ? à quoi bon proscrire ?
Proscrivez-vous l'été ? m'exilez-vous des fleurs ?
Pouvez-vous empêcher les souffles, les chaleurs,
Les clartés, d'être là, sans joug, sans fin, sans nombre,
Et de me faire fête, à moi banni, dans l'ombre ?
Pouvez-vous m'amoindrir les grands flots haletants,
L'océan, la joyeuse écume, le printemps
Jetant les parfums comme un prodigue en démence,
Et m'ôter un rayon de ce soleil immense ?
Non. Et je vous pardonne. Allez, trônez, vivez,
Et tâchez d'être rois longtemps, si vous pouvez.
Moi, pendant ce temps-là, je maraude, et je cueille,
Comme vous un empire, un brin de chèvrefeuille,
Et je l'emporte, ayant pour conquête une fleur.
Quand, au-dessus de moi, dans l'arbre, un querelleur,
Un mâle, cherche noise à sa douce femelle,
Ce n'est pas mon affaire et pourtant je m'en mêle,
Je dis: Paix là, messieurs les oiseaux, dans les bois !
Je les réconcilie avec ma grosse voix;
Un peu de peur qu'on fait aux amants les rapproche.
Je n'ai point de ruisseau, de torrent, ni de roche;
Mon gazon est étroit, et, tout près de la mer,
Mon bassin n'est pas grand, mais il n'est pas amer.
Ce coin de terre est humble et me plaît; car l'espace
Est sur ma tête, et l'astre y brille, et l'aigle y passe,
Et le vaste Borée y plane éperdument.
Ce parterre modeste et ce haut firmament
Sont à moi; ces bouquets, ces feuillages, cette herbe
M'aiment, et je sens croître en moi l'oubli superbe.
Je voudrais bien savoir comment je m'y prendrais
Pour me souvenir, moi l'hôte de ces forêts
Qu'il est quelqu'un, là-bas, au loin, sur cette terre,
Qui s'amuse à proscrire, et règne, et fait la guerre,
Puisque je suis là seul devant l'immensité,
Et puisqu'ayant sur moi le profond ciel d'été
Où le vent souffle avec la douceur d'une lyre,
J'entends dans le jardin les petits enfants rire.
Fuite d'automne -Cécile Sauvage
Sors de ta chrysalide, ô mon âme, voici
L'Automne. Un long baiser du soleil a roussi
Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage,
Le flexible arc-en-ciel a retenu l'orage
Sur sa voûte où se fond la clarté d'un vitrail ;
La brume des terrains rôde autour du bétail
Et parfois le soleil que le brouillard efface
Est rond comme la lune aux marges de l'espace.
Mon âme, sors de l'ombre épaisse de ta chair
C'est le temps dans les prés où le silence est clair,
Où le vent, suspendant son aile de froidure,
Berce dans les rameaux un rêve d'aventure
Et fait choir en jouant avec ses doigts bourrus
La feuille jaune autour des peupliers pointus.
La libellule vole avec un cri d'automne
Dans ses réseaux cassants ; la brebis monotone
A l'enrouement fêlé des branches dans la voix ;
La lumière en faisceaux bruine sur les bois.
Mon âme en robe d'or faite de feuilles mortes
Se donne au tourbillon que la rafale apporte
Et chavire au soleil sur la pointe du pied
Plus vive qu'en avril le sauvage églantier ;
Cependant que de loin elle voit sur la porte,
Écoutant jusqu'au seuil rouler des feuilles mortes,
Mon pauvre corps courbé dans son châle d'hiver.
Et mon âme se sent étrangère à ma chair.
Pourtant, docilement, lorsque les vitres closes
Refléteront au soir la fleur des lampes roses,
Elle regagnera le masque familier,
Et, servante modeste avec un tablier,
Elle trottinera dans les chambres amères
En retenant des mains le sanglot des chimères.
L'Automne. Un long baiser du soleil a roussi
Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage,
Le flexible arc-en-ciel a retenu l'orage
Sur sa voûte où se fond la clarté d'un vitrail ;
La brume des terrains rôde autour du bétail
Et parfois le soleil que le brouillard efface
Est rond comme la lune aux marges de l'espace.
Mon âme, sors de l'ombre épaisse de ta chair
C'est le temps dans les prés où le silence est clair,
Où le vent, suspendant son aile de froidure,
Berce dans les rameaux un rêve d'aventure
Et fait choir en jouant avec ses doigts bourrus
La feuille jaune autour des peupliers pointus.
La libellule vole avec un cri d'automne
Dans ses réseaux cassants ; la brebis monotone
A l'enrouement fêlé des branches dans la voix ;
La lumière en faisceaux bruine sur les bois.
Mon âme en robe d'or faite de feuilles mortes
Se donne au tourbillon que la rafale apporte
Et chavire au soleil sur la pointe du pied
Plus vive qu'en avril le sauvage églantier ;
Cependant que de loin elle voit sur la porte,
Écoutant jusqu'au seuil rouler des feuilles mortes,
Mon pauvre corps courbé dans son châle d'hiver.
Et mon âme se sent étrangère à ma chair.
Pourtant, docilement, lorsque les vitres closes
Refléteront au soir la fleur des lampes roses,
Elle regagnera le masque familier,
Et, servante modeste avec un tablier,
Elle trottinera dans les chambres amères
En retenant des mains le sanglot des chimères.
Lorsque la lune se lève (Leconte de L’Isle)
Sur la pente des monts les brises apaisées
Inclinent au sommeil les arbres onduleux
L'oiseau silencieux s'endort dans les rosées,
Et l'étoile a doré l'écume des flots bleus.
Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,
Une molle vapeur efface les chemins,
La lune tristement baigne les noirs feuillages,
L'oreille n'entend plus les murmures humains
Mais sur le sable au loin chante la mer divine,
Et des hautes forêts gémit la grande voix,
Et l'air sonore, aux cieux que la nuit illumine,
Porte le chant des mers et le soupir des bois.
Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines,
Entretien lent et doux de la terre et du ciel !
Montez, et demandez aux étoiles sereines
S'il est pour les atteindre un chemin éternel ?
O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,
Vous m'avez répondu durant mes jours mauvais ;
Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,
Le soir, au clair de lune (Albert Samain 1859-1900)
Le ciel comme un lac d'or pâle s'évanouit,
On dirait que la plaine, au loin déserte, pense
Et dans l'air élargi de vide et de silence,
S'épanche la grande âme de la nuit.
Pendant que çà et là brillent d'humbles lumières,
Les grands boeufs accouplés rentrent par les chemins,
Et les vieux en bonnet, le menton sur les mains,
Respirent le soir calme aux portes des chaumières.
Le paysage, où tinte une cloche est plaintif
Et simple comme un doux tableau de primitif
Où le Bon Pasteur porte l'agneau blanc sur l'épaule.
Les astres au ciel noir commencent à neiger,
Et là-bas, immobile au sommet de la côte
Rêve la silhouette antique d'un berger.
Vers l'Occident, là-bas, le ciel est tout en or,
Le long des prés déserts où le sentier dévale
La pénétrante odeur des foins coupés s'exhale,
Quand vient l'heure émouvante où toute la terre s'endort !
La faux des moissonneurs a passé sur les terres,
Les repos succède aux travaux des longs jours,
Parfois une charrue, oubliée des labours,
Sort comme un bras levé, des sillons solitaires.
La nuit à l'Orient verse sa cendre fine,
Seule au couchant s'attarde une barre de feu ;
Et dans l'obscurité qui s'accroît peu à peu
La blancheur de la route à peine se devine.
En jeune veuve éplorée, la terre pleure son défunt
Comme pour le remplacer à l'horizon s'élève
Une lumière de lune, toute pâle et si légère,
Dans l'ombre et les parfums
Superbe fille de Ré,
Tu viens nous éclairer.
Inclinent au sommeil les arbres onduleux
L'oiseau silencieux s'endort dans les rosées,
Et l'étoile a doré l'écume des flots bleus.
Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,
Une molle vapeur efface les chemins,
La lune tristement baigne les noirs feuillages,
L'oreille n'entend plus les murmures humains
Mais sur le sable au loin chante la mer divine,
Et des hautes forêts gémit la grande voix,
Et l'air sonore, aux cieux que la nuit illumine,
Porte le chant des mers et le soupir des bois.
Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines,
Entretien lent et doux de la terre et du ciel !
Montez, et demandez aux étoiles sereines
S'il est pour les atteindre un chemin éternel ?
O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,
Vous m'avez répondu durant mes jours mauvais ;
Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,
Le soir, au clair de lune (Albert Samain 1859-1900)
Le ciel comme un lac d'or pâle s'évanouit,
On dirait que la plaine, au loin déserte, pense
Et dans l'air élargi de vide et de silence,
S'épanche la grande âme de la nuit.
Pendant que çà et là brillent d'humbles lumières,
Les grands boeufs accouplés rentrent par les chemins,
Et les vieux en bonnet, le menton sur les mains,
Respirent le soir calme aux portes des chaumières.
Le paysage, où tinte une cloche est plaintif
Et simple comme un doux tableau de primitif
Où le Bon Pasteur porte l'agneau blanc sur l'épaule.
Les astres au ciel noir commencent à neiger,
Et là-bas, immobile au sommet de la côte
Rêve la silhouette antique d'un berger.
Vers l'Occident, là-bas, le ciel est tout en or,
Le long des prés déserts où le sentier dévale
La pénétrante odeur des foins coupés s'exhale,
Quand vient l'heure émouvante où toute la terre s'endort !
La faux des moissonneurs a passé sur les terres,
Les repos succède aux travaux des longs jours,
Parfois une charrue, oubliée des labours,
Sort comme un bras levé, des sillons solitaires.
La nuit à l'Orient verse sa cendre fine,
Seule au couchant s'attarde une barre de feu ;
Et dans l'obscurité qui s'accroît peu à peu
La blancheur de la route à peine se devine.
En jeune veuve éplorée, la terre pleure son défunt
Comme pour le remplacer à l'horizon s'élève
Une lumière de lune, toute pâle et si légère,
Dans l'ombre et les parfums
Superbe fille de Ré,
Tu viens nous éclairer.
Ballade à la lune -Alfred de Musset-
C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune,
Comme un point sur un i.
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil?
Es-tu l'oeil du ciel borgne?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard?
N'es-tu rien qu'une boule?
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras?
Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer?
Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité?
Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci?
Qui t'avait éborgnée
L'autre nuit? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu?
Car tu vins, pâle et morne,
Coller sur mes carreaux
Ta corne,
A travers les barreaux.
Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phoebé
La blonde
Dans la mer est tombé.
Tu n'en es que la face,
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.
Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal!
Oh! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers!
Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.
Et, suivant leur curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s'en sont allés.
Oh! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo,
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau!
Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.
Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.
Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.
T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.
T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament!
Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.
Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'Océan monstrueux.
Et qu'il vente ou qu'il neige,
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir?
Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.
Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.
Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,
Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.
Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,
Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.
"Ouf! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien."
Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché?
"Ah! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux?"
Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i
Sur le clocher jauni,
La lune,
Comme un point sur un i.
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil?
Es-tu l'oeil du ciel borgne?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard?
N'es-tu rien qu'une boule?
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras?
Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer?
Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité?
Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci?
Qui t'avait éborgnée
L'autre nuit? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu?
Car tu vins, pâle et morne,
Coller sur mes carreaux
Ta corne,
A travers les barreaux.
Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phoebé
La blonde
Dans la mer est tombé.
Tu n'en es que la face,
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.
Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal!
Oh! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers!
Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.
Et, suivant leur curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s'en sont allés.
Oh! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo,
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau!
Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.
Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.
Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.
T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.
T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament!
Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.
Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'Océan monstrueux.
Et qu'il vente ou qu'il neige,
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir?
Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.
Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.
Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,
Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.
Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,
Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.
"Ouf! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien."
Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché?
"Ah! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux?"
Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i
L’hypocampe -Aimé Césaire-
Petit cheval hors du temps enfui
bravant les lés du vent et la vague et le sable turbulent
petit cheval
dos cambré que salpetre le vent
tête basse vers le cri des juments
petit cheval sans nageoire
sans mémoire
débris de fin de course et sédition de continents
fier petit cheval têtu d’amours supputées
mal attaché au sifflement des mares
un jour rétif
nous t’enfourcherons
et tu galoperas petit cheval
sans peur
vrai dans la vent le sel et le varech
bravant les lés du vent et la vague et le sable turbulent
petit cheval
dos cambré que salpetre le vent
tête basse vers le cri des juments
petit cheval sans nageoire
sans mémoire
débris de fin de course et sédition de continents
fier petit cheval têtu d’amours supputées
mal attaché au sifflement des mares
un jour rétif
nous t’enfourcherons
et tu galoperas petit cheval
sans peur
vrai dans la vent le sel et le varech
A la gloire du vent -Emile Verhaeren
-Toi qui t' en vas là-bas,
par toutes les routes de la terre,
homme tenace et solitaire,
vers où vas-tu, toi qui t' en vas?
-j' aime le vent, l' air et l' espace;
et je m' en vais sans savoir où,
avec mon coeur fervent et fou,
dans l' air qui luit et dans le vent qui passe.
-le vent est clair dans le soleil,
le vent est frais sur les maisons,
le vent incline, avec ses bras vermeils,
de l' un à l' autre bout des horizons,
les fleurs rouges et les fauves moissons.
-le sud, l' ouest, l' est, le nord
avec leurs paumes d' or,
avec leurs poings de glace,
se rejettent le vent qui passe.
-voici qu' il vient des mers de Naple et de Messine
dont le geste des dieux illuminait les flots;
il a creusé les vieux déserts où se dessinent
les blancs festons du sable autour des verts îlots.
Son souffle est fatigué, son haleine timide,
l' herbe se courbe à peine aux pentes du fossé;
il a touché pourtant le front des pyramides
et le grand sphinx l' a vu passer.
-la saison change, et lentement le vent s' exhume
vêtu de pluie immense et de loques de brume.
-voici qu' il vient vers nous des horizons blafards,
Angleterre, Jersey, Bretagne, écosse, Irlande,
où novembre suspend les torpides guirlandes
de ses astres noyés, en de pâles brouillards;
il est parti, le vent sans joie et sans lumière:
comme un aveugle, il erre au loin sur l' océan
et, dès qu' il touche un cap ou qu' il heurte une pierre,
l' abîme érige un cri géant.
-printemps, quand tu parais sur les plaines désertes,
le vent froidit et gerce encor ta beauté verte.
-voici qu' il vient des longs pays où luit Moscou,
où le Kremlin et ses dômes en or qui bouge
mirent et rejettent au ciel les soleils rouges;
le vent se cabre ardent, rugueux, terrible et fou,
mord la steppe, bondit d' Ukraine en Allemagne,
roule sur la bruyère, avec un bruit d' airain,
et fait pleurer les légendes, sous les montagnes,
de grotte en grotte, au long du Rhin.
-le vent, le vent pendant les nuits d' hiver lucides
pâlit les cieux et les lointains comme un acide.
-voici qu' il vient du pôle où de hauts glaciers blancs
alignent leurs palais de gel et de silence;
âpre, tranquille et continu dans ses élans,
il aiguise les rocs comme un faisceau de lances;
son vol gagne les Sunds et les Ourals déserts,
s' attarde aux fiords des Suèdes et des Norvèges
et secoue, à travers l' immensité des mers,
toutes les plumes de la neige.
-d' où que vienne le vent,
il rapporte de ses voyages,
à travers l' infini des champs et des villages,
on ne sait quoi de sain, de clair et de fervent.
Avec ses lèvres d' or frôlant le sol des plaines,
il a baisé la joie et la douleur humaines partout;
les beaux orgueils, les vieux espoirs, les désirs fous,
tout ce qui met dans l' âme une attente immortelle,
il l' attisa de ses quatre ailes;
il porte en lui comme un grand coeur sacré
qui bat, tressaille, exulte ou pleure
et qu' il disperse, au gré des saisons et des heures,
vers les bonheurs brandis ou les deuils ignorés.
-si j' aime, admire et chante avec folie, le vent,
et si j' en bois le vin fluide et vivant jusqu' à la lie,
c' est qu' il grandit mon être entier et c' est qu' avant
de s' infiltrer, par mes poumons et par mes pores,
jusques au sang dont vit mon corps,
avec sa force rude ou sa douceur profonde,
immensément, il a étreint le monde.
par toutes les routes de la terre,
homme tenace et solitaire,
vers où vas-tu, toi qui t' en vas?
-j' aime le vent, l' air et l' espace;
et je m' en vais sans savoir où,
avec mon coeur fervent et fou,
dans l' air qui luit et dans le vent qui passe.
-le vent est clair dans le soleil,
le vent est frais sur les maisons,
le vent incline, avec ses bras vermeils,
de l' un à l' autre bout des horizons,
les fleurs rouges et les fauves moissons.
-le sud, l' ouest, l' est, le nord
avec leurs paumes d' or,
avec leurs poings de glace,
se rejettent le vent qui passe.
-voici qu' il vient des mers de Naple et de Messine
dont le geste des dieux illuminait les flots;
il a creusé les vieux déserts où se dessinent
les blancs festons du sable autour des verts îlots.
Son souffle est fatigué, son haleine timide,
l' herbe se courbe à peine aux pentes du fossé;
il a touché pourtant le front des pyramides
et le grand sphinx l' a vu passer.
-la saison change, et lentement le vent s' exhume
vêtu de pluie immense et de loques de brume.
-voici qu' il vient vers nous des horizons blafards,
Angleterre, Jersey, Bretagne, écosse, Irlande,
où novembre suspend les torpides guirlandes
de ses astres noyés, en de pâles brouillards;
il est parti, le vent sans joie et sans lumière:
comme un aveugle, il erre au loin sur l' océan
et, dès qu' il touche un cap ou qu' il heurte une pierre,
l' abîme érige un cri géant.
-printemps, quand tu parais sur les plaines désertes,
le vent froidit et gerce encor ta beauté verte.
-voici qu' il vient des longs pays où luit Moscou,
où le Kremlin et ses dômes en or qui bouge
mirent et rejettent au ciel les soleils rouges;
le vent se cabre ardent, rugueux, terrible et fou,
mord la steppe, bondit d' Ukraine en Allemagne,
roule sur la bruyère, avec un bruit d' airain,
et fait pleurer les légendes, sous les montagnes,
de grotte en grotte, au long du Rhin.
-le vent, le vent pendant les nuits d' hiver lucides
pâlit les cieux et les lointains comme un acide.
-voici qu' il vient du pôle où de hauts glaciers blancs
alignent leurs palais de gel et de silence;
âpre, tranquille et continu dans ses élans,
il aiguise les rocs comme un faisceau de lances;
son vol gagne les Sunds et les Ourals déserts,
s' attarde aux fiords des Suèdes et des Norvèges
et secoue, à travers l' immensité des mers,
toutes les plumes de la neige.
-d' où que vienne le vent,
il rapporte de ses voyages,
à travers l' infini des champs et des villages,
on ne sait quoi de sain, de clair et de fervent.
Avec ses lèvres d' or frôlant le sol des plaines,
il a baisé la joie et la douleur humaines partout;
les beaux orgueils, les vieux espoirs, les désirs fous,
tout ce qui met dans l' âme une attente immortelle,
il l' attisa de ses quatre ailes;
il porte en lui comme un grand coeur sacré
qui bat, tressaille, exulte ou pleure
et qu' il disperse, au gré des saisons et des heures,
vers les bonheurs brandis ou les deuils ignorés.
-si j' aime, admire et chante avec folie, le vent,
et si j' en bois le vin fluide et vivant jusqu' à la lie,
c' est qu' il grandit mon être entier et c' est qu' avant
de s' infiltrer, par mes poumons et par mes pores,
jusques au sang dont vit mon corps,
avec sa force rude ou sa douceur profonde,
immensément, il a étreint le monde.
Ce que dit le public - VICTOR HUGO
CINQ ANS : Les lions, c'est des loups.
SIX ANS : C'est très méchant, les bêtes.
CINQ ANS : Oui.
SIX ANS : Les petits oiseaux ce sont des malhonnêtes;
Ils sont des sales.
CINQ ANS : Oui.
SIX ANS (regardant les serpents.) : Les serpents...
CINQ ANS (les examinant) : C'est en peau.
SIX ANS : Prends garde au singe; il va te prendre ton chapeau.
CINQ ANS (regardant le tigre) : Encore un loup !
SIX ANS : Viens voir l'ours avant qu'on le couche.
CINQ ANS (regardant l'ours) : Joli !
SIX ANS : Ça grimpe.
CINQ ANS (regardant l'éléphant) : Il a des cornes dans la bouche.
SIX ANS : Moi, j'aime l'éléphant, c'est gros.
SEPT ANS (survenant et les arrachant à la contemplation de l'éléphant) :
Allons! venez!
Vous voyez bien qu'il va vous battre avec son nez.
SIX ANS : C'est très méchant, les bêtes.
CINQ ANS : Oui.
SIX ANS : Les petits oiseaux ce sont des malhonnêtes;
Ils sont des sales.
CINQ ANS : Oui.
SIX ANS (regardant les serpents.) : Les serpents...
CINQ ANS (les examinant) : C'est en peau.
SIX ANS : Prends garde au singe; il va te prendre ton chapeau.
CINQ ANS (regardant le tigre) : Encore un loup !
SIX ANS : Viens voir l'ours avant qu'on le couche.
CINQ ANS (regardant l'ours) : Joli !
SIX ANS : Ça grimpe.
CINQ ANS (regardant l'éléphant) : Il a des cornes dans la bouche.
SIX ANS : Moi, j'aime l'éléphant, c'est gros.
SEPT ANS (survenant et les arrachant à la contemplation de l'éléphant) :
Allons! venez!
Vous voyez bien qu'il va vous battre avec son nez.
La Marquise Antoinette, Adolphe et le Diable
(Un salon.)
ANTOINETTE, marquise ayant épousé un vieux. Autrefois grisette. Trente ans ; ADOLPHE, bon état. Dix-huit ans.
ADOLPHE (à part ) : Elle est seule.
LA MARQUISE ANTOINETTE (à part.) : C'est lui.
ADOLPHE( à part.) Profitons du moment.
(Il s'arrête et l'admire.)
Qu'elle est belle!
ANTOINETTE (sans se déranger de son attitude) :
Bonjour, Adolphe. (A part.) Il est charmant.
ADOLPHE ( à part.) : C'est l'étoile Vénus! (il salue.) Madame la marquise...
(A part.)
Comme elle est adorable et comme elle est exquise
Avec son bras ainsi ployé sous le menton!
ANTOINETTE : Que dit-on de nouveau?
ADOLPHE : L'amiral Codrington
Vient de battre les turcs à Navarin.
ANTOINETTE : Adôlphe,
Qu'est-ce que c'est que ça, Navarin?
ADOLPHE : C'est un golfe.
ANTOINETTE : En France?
ADOLPHE : Non. En Grèce.
ANTOINETTE : Ah! bien.
ADOLPHE : Au fond, Pylos,
Au premier plan, la baie avec quelques îlots,
Voa Navarin. Or...(A part.)Quel regard, quelle taille!
(Balbutiant.) Madame...
ANTOINETTE : Nous parlions, je crois, de la bataille...
ADOLPHE : De Codringtôn. Non pas, Navarin! (A part.) Je suis fou. Je patauge. (Haut.) On était dans les eaux de Corfou;
On savait que les turcs, non sans quelque mystère,
Avaient quitté Cythère...
ANTOINETTE : Ah!. qu'est-ce que Cythère?
ADOLPHE : C'est une île. Cythère, autrement Cérigo.
n y peut cultiver le poivre et l'indigo.
Cette île sert aux turcs de poste et de caverne.
inan Cigale dit: Cythère est la lanterne
De l'Archipel.
ANTOINETTE ( distraite.) : Ainsi l'amiral...
ADOLPHE : Codrington.
ANTOINETTE : Après?
ADOLPHE : Le vingt octobre, au point du jour, dit-on,
Les flottes ont quitté le mouillage de Zante.
La marine ottomane était molle et pesante,
Le système des turcs était de refuser...
ANTOINETTE : Un baiser! je crois bien.
ADOLPHE : Ce n'est pas un baiser,
C'est le combat.
ANTOINETTE : C'est vrai. Vous disiez? le système
Des turcs...
ADOLPHE : Je ne sais plus où j'en étais...
LE DIABLE,( dans le trou du souffleur.) : Je t'aime!
ADOLPHE : Je t'aime!
ANTOINETTE,( à part. ) : Allons donc!
(Haut.) Ciel! monsieur, que faites-vous?
Si vous ne lâchez pas sur-le-champ mes genoux,
Ce que vous faites là, monsieur, n'est pas honnête!
Je vais sonner, monsieur!
LE DIABLE, (à part. ) : J'ai cassé la. sonnette.
ADOLPHE : Je t'aime!
ANTOINETTE : Taisez-vous!
ADOLPHE : Je meurs d'amour!
ANTOINETTE : Tais-toi!
ADOLPHE : Madame, ayez pitié! J'ai le coeur plein d'effroi!
Laissez-vous adorer ainsi qu'une madone!
Si tu savais! je sens ma tête en feu. Pardonne!
Oh! laisse-moi mourir à tes pieds!
ANTOINETTE : Dans mes bras!
LE DIABLE : J'ai cru que le crétin ne s'en tirerait pas.
Il ne savait d'abord pas un mot de son rôle.
(On entend un bruit de baiser. Rêvant et riant.)
Sans nous le monde est bête, avec nous il est drôle.
VICTOR HUGO
ANTOINETTE, marquise ayant épousé un vieux. Autrefois grisette. Trente ans ; ADOLPHE, bon état. Dix-huit ans.
ADOLPHE (à part ) : Elle est seule.
LA MARQUISE ANTOINETTE (à part.) : C'est lui.
ADOLPHE( à part.) Profitons du moment.
(Il s'arrête et l'admire.)
Qu'elle est belle!
ANTOINETTE (sans se déranger de son attitude) :
Bonjour, Adolphe. (A part.) Il est charmant.
ADOLPHE ( à part.) : C'est l'étoile Vénus! (il salue.) Madame la marquise...
(A part.)
Comme elle est adorable et comme elle est exquise
Avec son bras ainsi ployé sous le menton!
ANTOINETTE : Que dit-on de nouveau?
ADOLPHE : L'amiral Codrington
Vient de battre les turcs à Navarin.
ANTOINETTE : Adôlphe,
Qu'est-ce que c'est que ça, Navarin?
ADOLPHE : C'est un golfe.
ANTOINETTE : En France?
ADOLPHE : Non. En Grèce.
ANTOINETTE : Ah! bien.
ADOLPHE : Au fond, Pylos,
Au premier plan, la baie avec quelques îlots,
Voa Navarin. Or...(A part.)Quel regard, quelle taille!
(Balbutiant.) Madame...
ANTOINETTE : Nous parlions, je crois, de la bataille...
ADOLPHE : De Codringtôn. Non pas, Navarin! (A part.) Je suis fou. Je patauge. (Haut.) On était dans les eaux de Corfou;
On savait que les turcs, non sans quelque mystère,
Avaient quitté Cythère...
ANTOINETTE : Ah!. qu'est-ce que Cythère?
ADOLPHE : C'est une île. Cythère, autrement Cérigo.
n y peut cultiver le poivre et l'indigo.
Cette île sert aux turcs de poste et de caverne.
inan Cigale dit: Cythère est la lanterne
De l'Archipel.
ANTOINETTE ( distraite.) : Ainsi l'amiral...
ADOLPHE : Codrington.
ANTOINETTE : Après?
ADOLPHE : Le vingt octobre, au point du jour, dit-on,
Les flottes ont quitté le mouillage de Zante.
La marine ottomane était molle et pesante,
Le système des turcs était de refuser...
ANTOINETTE : Un baiser! je crois bien.
ADOLPHE : Ce n'est pas un baiser,
C'est le combat.
ANTOINETTE : C'est vrai. Vous disiez? le système
Des turcs...
ADOLPHE : Je ne sais plus où j'en étais...
LE DIABLE,( dans le trou du souffleur.) : Je t'aime!
ADOLPHE : Je t'aime!
ANTOINETTE,( à part. ) : Allons donc!
(Haut.) Ciel! monsieur, que faites-vous?
Si vous ne lâchez pas sur-le-champ mes genoux,
Ce que vous faites là, monsieur, n'est pas honnête!
Je vais sonner, monsieur!
LE DIABLE, (à part. ) : J'ai cassé la. sonnette.
ADOLPHE : Je t'aime!
ANTOINETTE : Taisez-vous!
ADOLPHE : Je meurs d'amour!
ANTOINETTE : Tais-toi!
ADOLPHE : Madame, ayez pitié! J'ai le coeur plein d'effroi!
Laissez-vous adorer ainsi qu'une madone!
Si tu savais! je sens ma tête en feu. Pardonne!
Oh! laisse-moi mourir à tes pieds!
ANTOINETTE : Dans mes bras!
LE DIABLE : J'ai cru que le crétin ne s'en tirerait pas.
Il ne savait d'abord pas un mot de son rôle.
(On entend un bruit de baiser. Rêvant et riant.)
Sans nous le monde est bête, avec nous il est drôle.
VICTOR HUGO
Au Luxembour -Victor Hugo
(Un banc. Deux astronomes.)
1° ASTRONOME
L'équinoxe ravage affreusement nos côtes.
2° ASTRONOME
Le vent est vicieux. Il fait beaucoup de fautes.
1° ASTRONOME
L'homme se met en route et se trompe souvent.
2° ASTRONOME
Notre vie est de l'eau conduite par du vent.
(Sur un autre banc. Des invalides causent.)
UN INVALIDE : Tout est en feu.
UN AUTRE : Depuis Berlin jusqu'en Sicile!
UN AUTRE : Faire rentrer Bellone en cage est difficile.
UN AUTRE : Il faut faire la paix avec cet animal
De roi de Prusse.
UN AUTRE : À bas' la guerre!
UN AUTRE : Tout va mal.
UN AUTRE : L'empereur ne sait plus où donner de la tête.
UN RÊVEUR ( passant) : Les rois lâchent la guerre et c'est Dieu qui l'arrête.
Sur un autre banc. Deux étudiants.
1° ÉTUDIANT
Que lis-tu? Cujas?
LE DEUXIÈME
Non. Je lis Dante et Lucain:
Mon père est royaliste et moi républicain.
C'est sa faute. Il m'envoie à Paris. Je m'y forme.
J'y grandis. Je m'emplis de la lumière énorme,
Et j'étais paysan et je suis citoyen.
Sur un autre banc. Deux prêtres.
L'ABBÉ CARON
Fils, le but, c'est l'église, et Dieu c'est le moyen;
Cela n'empêche pas Dieu d'être Dieu; mais; prêtres,
Nous sommes serviteurs avant d'être les maîtres;
Le prêtre est roi, depuis Moïse et Salomon;
Ce qu'on nomme l'esprit humain, é'est le démôn;
La raison est un mot que le dogme rature;
Et c'est pourquoi souvent, corrigeant la nature,
Ce que le ciel permet, le prêtre le défend;
Quand on entend parler le diable dans l'enfant,
Il faut sévir, il faut lui dire de se taire.
L'ABBÉ DE LAMENNAIS
Et c'est ainsi qu'étant Porée, on fait Voltaire.
Sur un autre banc.
UN VIEILLARD
Vous donnez une charte au peuple; qui se perd,
Pour qu'il soit sage. Eh bien, c'est terrible, il s'en sert...
UN AUTRE VIEILLARD
Pour être libre.
Sous les arbres.
UNE JEUNE FILLE
Non!
UN JEUNE HOMME
Que le sein soit de marbre,
C'est bien, mais pas le coeur.
LA JEUNE FILLE
Laissez-moi!
LE JEUNE HOMME
Sous un arbre
On s'embrasse.
LA JEUNE FILLE
Embrassez. -Mais pas comme cela.
LE JEUNE HOMME
LA JEUNE FILLE
Non!
Dans une allée.
UN ENFANT, (à une boule qu'il fait rouler).
Je ne veux pas que vous alliez par là!
VICTOR HUGO
25 juin 1876.
1° ASTRONOME
L'équinoxe ravage affreusement nos côtes.
2° ASTRONOME
Le vent est vicieux. Il fait beaucoup de fautes.
1° ASTRONOME
L'homme se met en route et se trompe souvent.
2° ASTRONOME
Notre vie est de l'eau conduite par du vent.
(Sur un autre banc. Des invalides causent.)
UN INVALIDE : Tout est en feu.
UN AUTRE : Depuis Berlin jusqu'en Sicile!
UN AUTRE : Faire rentrer Bellone en cage est difficile.
UN AUTRE : Il faut faire la paix avec cet animal
De roi de Prusse.
UN AUTRE : À bas' la guerre!
UN AUTRE : Tout va mal.
UN AUTRE : L'empereur ne sait plus où donner de la tête.
UN RÊVEUR ( passant) : Les rois lâchent la guerre et c'est Dieu qui l'arrête.
Sur un autre banc. Deux étudiants.
1° ÉTUDIANT
Que lis-tu? Cujas?
LE DEUXIÈME
Non. Je lis Dante et Lucain:
Mon père est royaliste et moi républicain.
C'est sa faute. Il m'envoie à Paris. Je m'y forme.
J'y grandis. Je m'emplis de la lumière énorme,
Et j'étais paysan et je suis citoyen.
Sur un autre banc. Deux prêtres.
L'ABBÉ CARON
Fils, le but, c'est l'église, et Dieu c'est le moyen;
Cela n'empêche pas Dieu d'être Dieu; mais; prêtres,
Nous sommes serviteurs avant d'être les maîtres;
Le prêtre est roi, depuis Moïse et Salomon;
Ce qu'on nomme l'esprit humain, é'est le démôn;
La raison est un mot que le dogme rature;
Et c'est pourquoi souvent, corrigeant la nature,
Ce que le ciel permet, le prêtre le défend;
Quand on entend parler le diable dans l'enfant,
Il faut sévir, il faut lui dire de se taire.
L'ABBÉ DE LAMENNAIS
Et c'est ainsi qu'étant Porée, on fait Voltaire.
Sur un autre banc.
UN VIEILLARD
Vous donnez une charte au peuple; qui se perd,
Pour qu'il soit sage. Eh bien, c'est terrible, il s'en sert...
UN AUTRE VIEILLARD
Pour être libre.
Sous les arbres.
UNE JEUNE FILLE
Non!
UN JEUNE HOMME
Que le sein soit de marbre,
C'est bien, mais pas le coeur.
LA JEUNE FILLE
Laissez-moi!
LE JEUNE HOMME
Sous un arbre
On s'embrasse.
LA JEUNE FILLE
Embrassez. -Mais pas comme cela.
LE JEUNE HOMME
LA JEUNE FILLE
Non!
Dans une allée.
UN ENFANT, (à une boule qu'il fait rouler).
Je ne veux pas que vous alliez par là!
VICTOR HUGO
25 juin 1876.
Cocarde et Louchon -Victor Hugo
LOUCHON : Paul est roux.
COCARDE : Jean est laid.
LOUCHON : Paul me bat.
COCARDE : Jean me rosse.
LOUCHON : Paul, s'il n'était bandit, serait bête féroce.
COCARDE : Tout l'hiver Jean se grise.
LOUCHON : Et Paul boit tout l'été.
COCARDE : Jean a mis mes effets au mont-de-piété.
LOUCHON : Lorsqu'il tonne et qu'il pleut chez moi, c'est Paul qui souffle.
COCARDE : Jean est un chenapan.
LOUCHON : Et Paul est un maroufle.
COCARDE : Je le déclare ici, ce drôle est mon vainqueur.
LOUCHON : J'aime cette canaille au fin fond de mon cœur.
………………..
COCARDE : Jean est laid.
LOUCHON : Paul me bat.
COCARDE : Jean me rosse.
LOUCHON : Paul, s'il n'était bandit, serait bête féroce.
COCARDE : Tout l'hiver Jean se grise.
LOUCHON : Et Paul boit tout l'été.
COCARDE : Jean a mis mes effets au mont-de-piété.
LOUCHON : Lorsqu'il tonne et qu'il pleut chez moi, c'est Paul qui souffle.
COCARDE : Jean est un chenapan.
LOUCHON : Et Paul est un maroufle.
COCARDE : Je le déclare ici, ce drôle est mon vainqueur.
LOUCHON : J'aime cette canaille au fin fond de mon cœur.
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