dimanche 18 janvier 2009

Lorsque la lune se lève (Leconte de L’Isle)

Sur la pente des monts les brises apaisées
Inclinent au sommeil les arbres onduleux
L'oiseau silencieux s'endort dans les rosées,
Et l'étoile a doré l'écume des flots bleus.

Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,
Une molle vapeur efface les chemins,
La lune tristement baigne les noirs feuillages,
L'oreille n'entend plus les murmures humains

Mais sur le sable au loin chante la mer divine,
Et des hautes forêts gémit la grande voix,
Et l'air sonore, aux cieux que la nuit illumine,
Porte le chant des mers et le soupir des bois.

Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines,
Entretien lent et doux de la terre et du ciel !
Montez, et demandez aux étoiles sereines
S'il est pour les atteindre un chemin éternel ?

O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,
Vous m'avez répondu durant mes jours mauvais ;
Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,

Le soir, au clair de lune (Albert Samain 1859-1900)

Le ciel comme un lac d'or pâle s'évanouit,
On dirait que la plaine, au loin déserte, pense
Et dans l'air élargi de vide et de silence,
S'épanche la grande âme de la nuit.

Pendant que çà et là brillent d'humbles lumières,
Les grands boeufs accouplés rentrent par les chemins,
Et les vieux en bonnet, le menton sur les mains,
Respirent le soir calme aux portes des chaumières.

Le paysage, où tinte une cloche est plaintif
Et simple comme un doux tableau de primitif
Où le Bon Pasteur porte l'agneau blanc sur l'épaule.

Les astres au ciel noir commencent à neiger,
Et là-bas, immobile au sommet de la côte
Rêve la silhouette antique d'un berger.

Vers l'Occident, là-bas, le ciel est tout en or,
Le long des prés déserts où le sentier dévale
La pénétrante odeur des foins coupés s'exhale,
Quand vient l'heure émouvante où toute la terre s'endort !

La faux des moissonneurs a passé sur les terres,
Les repos succède aux travaux des longs jours,
Parfois une charrue, oubliée des labours,
Sort comme un bras levé, des sillons solitaires.

La nuit à l'Orient verse sa cendre fine,
Seule au couchant s'attarde une barre de feu ;
Et dans l'obscurité qui s'accroît peu à peu
La blancheur de la route à peine se devine.

En jeune veuve éplorée, la terre pleure son défunt
Comme pour le remplacer à l'horizon s'élève
Une lumière de lune, toute pâle et si légère,

Dans l'ombre et les parfums
Superbe fille de Ré,
Tu viens nous éclairer.

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